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ÉCHEC DU SOMMET MONDIAL SUR LE PLASTIQUE EN CORÉE : UNE MAUVAISE NOUVELLE POUR LE CLIMAT

Les représentants de 170 pays se sont réunis la semaine passée en Corée du Sud, dans l’espoir de trouver un accord mondial de lutte contre la pollution plastique. Marquée par l'échec des discussions et le report des négociations à une date ultérieure, cette conférence constitue une occasion manquée de mettre en place une stratégie globale de lutte contre la crise du plastique. Un échec dont les conséquences pourraient également impacter la crise climatique.


Des representants diplomatiques lors de negociations a Busan
Les représentants des délégations nationales lors du dernier jour de négociation à la Conférence de Busan.

POLLUTION PLASTIQUE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE, MÊME COMBAT


Si l’on pensait que l’échec d'un sommet mondial sur le plastique puisse avoir des impacts de long terme évidents sur la santé humaine et sur les écosystèmes, on aurait évidemment raison.


La présence de plastiques, et notamment des microplastiques issus de la dislocation de la matière plastique, se retrouve dans les rivières et les océans, et contamine en partie l’eau que nous consommons, tandis que son ingestion est largement associée à l'accroissement de nombreux risques de santé : cancers, impacts neurologiques, développement de maladies auto-immunes ou encore diabète.


Dans le même temps, le plastique constitue une menace sérieuse aux écosystèmes marins : les études montrent que plus de 1500 espèces marines tendent à ingérer les plastiques qui se trouvent en masse dans les océans, et très souvent, à mourir en s'étouffant avec.


Toutefois, si l’impact du plastique sur la biodiversité et la santé humaine ne fait aucun doute, on peut avoir tendance à oublier que la question du plastique est aussi étroitement liée à celle du climat.


Une étude publiée sur Carbon Brief cette semaine détaille ainsi les liens entre crise du plastique et crise climatique.



UN DÉBOUCHÉ PROFITABLE POUR L’INDUSTRIE PÉTROLIÈRE


D’abord, l’industrie plastique est étroitement liée à celle des industries fossiles, car c’est une matière dérivée du pétrole : produire du plastique, c’est encourager l’extraction du pétrole.


Alors que les producteurs de pétrole redoutent une chute inévitable de la demande mondiale de pétrole causée par l'électrification des transports et le déploiement accéléré des énergies renouvelables, ces derniers peuvent toujours compter sur cet autre débouché aux profits juteux qu’est la production de plastique.


Vouloir lutter contre la production de plastique, c’est ainsi condamner ce second débouché, en constante croissance, pour l’industrie pétrolière.


Et moins de revenus pour l’industrie pétrolière, c’est également moins de ressources financières pour explorer et forer de nouveaux puits de pétrole. Puits de pétrole qui, à leur tour, généreront de nouveaux carburants, et de nouveaux produits pétrochimiques, dont le plastique.


Voilà qui explique le rôle de frondeur qu’ont joué les entreprises et pays producteurs de pétrole ayant mené à l'échec de la conférence de Busan, ces derniers refusant à tout prix que la réduction de la production de plastique fasse partie de l’accord final.



UNE PRODUCTION NON-NÉGLIGEABLE DE GAZ À EFFET DE SERRE


Dans le même temps, le cycle de production et de consommation du plastique pourrait représenter 5 % des émissions globales de GES, toujours selon Carbon Brief, avec plus de 2,7 milliards de gigatonnes de CO2 produits en 2023.


Soit un impact carbone équivalent à 3 fois celui du secteur mondial de l’aviation.


La majeure partie - environ 90 % - de ces émissions sont dues à la phase de production, qui va de l’extraction des combustibles fossiles jusqu'à leur transformation en plastique.


L’extraction souterraine des ressources fossiles, par exemple, contribue à hauteur d’un cinquième des GES associés au plastique, les fuites dans les mines ou les pipelines pouvant notamment engendrer la libération de méthane dans l’air.


La transformation des ressources fossiles en plastique requiert également des processus lourds, gourmands en énergie et en procédés chimiques polluants.


Le vapocraquage par exemple, qui consiste à transformer ces matières en monomères, des produits pétrochimiques qui sont ensuite transformés en plastique, en les soumettant à une très forte pression, est un des procédés les plus intensifs de la chaîne de production.



UN SOMMET MONDIAL SUR LE PLASTIQUE NÉCESSAIRE FACE À LA CRISE CLIMATIQUE


S’il est plus ou moins impossible de respecter le budget carbone permettant de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ℃, la seule industrie plastique pourrait consommer, à son rythme de croissance actuelle, la moitié de ce budget d’ici à 2050.


La proposition des pays producteurs de pétrole de se concentrer sur les efforts de recyclage plutôt que sur la réduction à la source de la production de plastique semble ainsi ne prendre aucun compte de l’impact carbone de cette industrie, au-delà des faibles chances de réellement enrayer la crise des déchets plastiques.


Quasiment impossible à décarboner, seule la réduction de la production mondiale de plastique semble soutenable pour réduire les émissions du secteur.


Durant la conférence de Busan, certains pays comme le Rwanda et le Pérou ont mis en avant une cible avancée d’une réduction de 40 % du volume de production mondial, objectif largement rejeté par les pays producteurs de pétrole.


Reste à savoir comment pourront s’organiser les gouvernements du reste du monde pour mettre un frein à l'usage du plastique lors des discussions ultérieures, les pays frondeurs rendant impossible à ce jour la possibilité d’une ratification universelle d’un accord exigeant la réduction de la production du plastique à la source.

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